La publication remarquable du mois

Publications Remarquables

Comment et quoi soumettre?

Connaître la marche à suivre pour soumettre un article pour qu'il rentre au panthéon des publications remarquables de l'AEI

Les dernières publications

Retrouvez les dernières publications remarquables.

Comment et quoi soumettre?

Objectifs :  mettre en valeur les chercheur(e)s et les recherches récemment publiées par des membres de l’AEI, bénéficier de leur retour dans leurs démarches de publication à l’international.

 Equipe : Valérie François (coordinatrice), Nathalie Scheib-Bienfait, Laurice Alexandre, Cécile Fonrouge.

Format : Le format comporte un résumé de l’article de 4000 mots maximum, un entretien avec l’un des auteurs de 1500 mots maximum (cf. exemple ci-dessous).

Les articles retenus :

  • Mode de sélection des articles: revues internationales de langue anglaise classées rang 1, 2 ou 3 par le CNRS ou la FNEGE, et dans laquelle un des membres de l’AEI a publié récemment. Liste non exhaustive des revues: ETP, JBV, Research Policy, Family Business Review, ISBJ, JSBM, SBE, Strategic Entrepreneurship Journal, Journal of Technology Transfer, Entrepreneurship and Regional development…
  • Contenu de la rubrique « article »: Titre de l’article, auteurs, revue, résumé d’une page (4000 mots maximum), entretien avec l’un des auteurs de l’article, une photo (voir exemple ci-dessous)

Les ouvrages retenus :

  • Mode de sélection des ouvrages: Ouvrage individuel ou collectif, publié par un des membres de l’AEI, qu’il soit écrit en anglais ou en français
  • Contenu de la rubrique « ouvrage » : Présentation de la thématique et des grands chapitres de l’ouvrage sous la forme d’un résumé d’une page (4000 mots maximum), entretien avec l’un des auteurs, une photo

Les thèses retenues

  • Mode de sélection des thèses : Prix de thèses, thèses remarquables (rapports de soutenance)
  • Contenu de la rubrique « thèse » : résumé de la thèse avec un focus sur son originalité. (maximum une page).

Fonctionnement du groupe et de la rubrique :

  • Chaque membre du groupe est en veille sur les publications faites par les membres de l’AEI.
  • Les membres de l’AEI sont également informés de cette rubrique et peuvent spontanément nous avertir de leur récente publication.
  • Tous les membres de l’AEI peuvent proposer un résumé (en dehors de leurs propres publications) qui sera ensuite discuté par les membres du groupe pour une éventuelle publication sur le site (Les résumés ou propositions sont à envoyer à valerie.francois(at)univ-lille.fr.
  • Tous les deux mois, la coordinatrice du groupe collecte les propositions d’articles ou d’ouvrage à résumer et propose une liste à tous les membres du groupe.
  • Chaque membre du groupe donne son avis sur l’intérêt de l’article/ouvrage, et s’il y a lieu d’en faire un résumé publiable sur le site.
  • L’article est ensuite sélectionné et envoyé, de manière tournante, à un membre du groupe.
  • A tour de rôle, chaque membre du groupe fait un résumé et un entretien avec l’auteur de l’article sur le modèle donné ci-dessous.
  • Validation du résumé par 2 personnes minimum (Valérie, Laurice, Nathalie, Cécile)
  • Les résumés figurant dans cette revue pourront être lus par tous (pas uniquement réservé aux adhérents de l’AEI)
  • Attendu la première année : 1 résumé tous les 2 mois.

Les dernières publications remarquables

Small business owners and health

Olivier Torrès & Roy Thurik

Small Business Economics (2019) 53:311 – 321

https://doi.org/10.1007/s11187-018-0064-y

 

L’article introduit le numéro spécial de la revue Small Business Economics consacré au thème de la santé et du dirigeant de PME, propriétaire de son entreprise. Il fait un inventaire de ce champ de recherche relativement nouveau en entrepreneuriat. Cette thématique est portée notamment par une équipe de chercheurs français de l’université de Montpellier et de Montpellier Business School (l’Observatoire Amarok). Elle s’élargit aujourd’hui à d’autres chercheurs dans le monde comme en témoigne ce numéro spécial.

Après avoir rappelé que les plus grandes entreprises survivent à la disparition de leur dirigeant (ex : Steve Job pour Apple), les auteurs soulignent que la donne n’est pas la même pour les PME. Ainsi, une étude norvégienne (Becker et Hvide, 2013) montre que 20 % des PME font faillite suite à la disparition de leur dirigeant. L’idée défendue dans cet article est que le capital santé du dirigeant est le capital immatériel le plus important de la petite entreprise (Torrès, 2012). Plus l’entreprise est petite, plus elle est vulnérable aux problèmes de santé physique ou mental de son dirigeant. Et pourtant, comme le rappelle de manière certes provocante mais néanmoins marquante Olivier Torres, la santé de la baleine bleue a fait l’objet de bien plus d’études que celle du dirigeant de PME.

Comment expliquer cette situation ? Les auteurs avancent deux explications. La première est historique. Les études sur la grande entreprise ont longtemps dominé la recherche en économie et en gestion. Dans ce contexte, les questions de santé au travail sont le plus souvent réservées aux plus vulnérables (ouvriers, femmes…). Pourtant, le rôle de plus en plus prépondérant de la petite entreprise pour le développement économique remet au centre la question de son dirigeant et donc de sa santé. La seconde relève de l’imaginaire collectif et de la vision schumpetérienne de l’entrepreneur. Cette vision selon laquelle l’entrepreneur est « un héros » ne laisse place ni à la souffrance, ni à aucune autre forme de faiblesse. Les auteurs rappellent que ce n’est pourtant pas la réalité et qu’il est nécessaire de revenir à la situation du dirigeant et en particulier à ses problèmes de santé. Pourquoi ? Tout d’abord, les problématiques que l’on trouve traditionnellement sur la santé au travail ne s’appliquent que très rarement à l’entrepreneur. Ensuite, il est difficile de transposer les recherches faites sur la santé des salariés en raison de l’indépendance, la satisfaction et l’identification à l’entreprise qui ne sont pas identiques dans le cas des entrepreneurs.

S’il est possible de trouver, pour chaque profession, des facteurs pathogènes (ayant une incidence négative sur la santé) et salutogènes (ayant une incidence positive sur la santé), certains peuvent être plus marqués chez les entrepreneurs. Les auteurs rappellent les résultats des recherches déjà existantes sur la question. Concernant les conséquences négatives, les recherches font apparaitre le stress, la surcharge de travail, et l’incertitude comme les principaux facteurs agissant de manière négative sur la santé de l’entrepreneur. Sur les impacts positifs, les recherches montrent que la satisfaction au travail, et dans une moindre mesure la satisfaction dans la vie, sont supérieures chez les entrepreneurs. Soulignons le rôle croissant des travaux menés sur le capital psychologique. On retrouve autour de ce concept les notions d’optimisme, d’auto-efficacité, d’espoir et de résilience.

Ce numéro spécial, composé de 5 articles, porte en grande partie sur les antécédents et les conséquences des effets pathogènes sur l’entrepreneur. Les recherches s’appuient le plus souvent sur des comparaisons avec d’autres statuts professionnels comme les salariés. Enfin, parmi les questions soulevées par l’agenda de recherche, on trouve la nécessité d’avoir une vision temporelle des facteurs pathogènes et salutogènes afin de mieux comprendre comment ils se manifestent à des moments différents de la vie de l’entrepreneur. La question du sommeil et de son corollaire, la fatigue, ou encore la question des arrêts de travail et du temps du retour à l’emploi, figurent eux aussi à cet agenda. Si globalement les recherches portent davantage sur les aspects pathogènes, et ce numéro spécial ne déroge pas à la règle, il est important de s’engager sur les facteurs dit salutogènes qui sont, à ce jour, encore sous investis.

 

Entretien avec les auteurs :

Propos recueillis auprès d’Olivier Torrès

Comment est né ce numéro spécial ?

C’est l’aboutissement d’un processus long, de plus de 10 ans de travail sur la thématique de la santé du dirigeant de PME que nous portons au sein de notre observatoire AMAROK dont nous mettons tout en œuvre pour qu’il soit prochainement reconnu d’intérêt général. Nous sommes partis du constat que le chef d’entreprise est la ressource centrale de la PME et que son capital santé est son premier capital immatériel. Or, étrangement, il n’y avait rien sur le sujet. Cet observatoire comporte donc deux volets : un volet scientifique et un volet sociétal. En 2012, un ouvrage sur la santé du dirigeant est paru, qui a ensuite été réédité en 2017. Par ailleurs, sur cette période j’ai encadré 8 thèses sur le sujet.

Quelles ont été les démarches entreprises pour lancer le numéro spécial de SBE ?

Grâce au réseau de Roy Thurik, nous avons eu l’opportunité de contacter les rédacteurs en chef de la revue Small Business Economics. C’était en 2015. Nous leur avons proposé d’organiser un workshop sur la question de la santé des dirigeants de PME. Celui-ci s’est tenu en 2016 à Montpellier. Ils ont observé de près le déroulement et l’intérêt que suscitait cette thématique dans la communauté scientifique. A la suite de ce workshop, nous avons donc envisagé le numéro spécial.

Quelle est la position de la recherche française  sur cette thématique ?

Dans le monde, la plupart des recherches sur la question sont disséminées. Il n’y a pas à proprement parler d’équipe dédiée à cette question. A ma connaissance, nous sommes les seuls à Montpellier. Cet avantage pionnier a permis à Amarok de se développer avec des antennes en Suisse, au Japon et en Hollande et nous souhaitons poursuivre ce développement international.

 

Quelles sont aujourd’hui les perspectives de cette thématique ?

Notre recherche est ancrée dans des problématiques concrètes et sociétales. La recherche légitime ce que nous faisons sur le plan pratique. Avec AMAROK Assistance par exemple, nous avons lancé un numéro vert pour les chefs d’entreprise en difficulté. Au-delà de la recherche, cette thématique a montré qu’elle était porteuse de vraies questions sociétales. Plus de 300 articles de presses ont été publiés sur la question et sur ce que nous faisons avec AMAROK, sans compter les émissions télé et radio. Nous sommes aussi soutenus par des grands groupes (AG2R- La Mondiale, Harmonie Mutuelle, Garance, MMA, Malakoff Médéric…). L’Observatoire a été auditionné par la commission des affaires sociales du Sénat (Sénateurs Pascale Gruny et Stéphane Artano) dont le rapport du 3 octobre 2019 préconise d’intégrer les chefs d’entreprise dans l’effectif suivi des services de santé au travail, sans majoration de cotisation.

 

Quels est votre résultat de recherche le plus remarquable ?

Aujourd’hui, d’innombrables travaux ont démontré que l’on ne gère pas une PME comme une grande entreprise et surtout que la PME a des problématiques qui lui sont spécifiques, la santé de son dirigeant en est la preuve. Or la recherche reste encore très largement dominée par les modèles relevant de la grande entreprise (Fordisme, Toyotisme, Uberisation, GAFA…). Il faut donc continuer à promouvoir la recherche sur la PME. Sur le plan plus spécifique de la santé du dirigeant,  il faut travailler davantage sur les facteurs dit «salutogènes », c’est-à-dire ceux qui génèrent de «la bonne santé » car les facteurs négatifs ont tendance à dominer la question. Or, nos recherches tendent à montrer qu’entreprendre peut être bon pour la santé. L’existence d’une salutogenèse entrepreneuriale est un résultat très enthousiasmant et inattendu car notre point de départ était l’étude de la souffrance patronale. En fait, en l’état actuel de nos résultats, on peut résumer nos résultats de la manière suivante : entreprendre est bon pour la santé mais c’est une santé plus risquée (des hauts très hauts et des bas très bas). Les entrepreneurs jouent avec leur santé et parfois se jouent de leur santé. Ils sont souvent dans l’excés. D’où l’importance de prévoir des filets de sécurité (prévention suicide, prévention burnout, incitation au Rebond…) en faveur des entrepreneurs. C’est pour cela qu’Amarok est à la fois scientifique (connaître pour agir) et sociétal (agir en toute connaissance).

 

Entretien réalisé le 26 novembre 2019 par Valérie François

 

 

 Effectiveness of Export Support Programs: Impact on the Relational Capital and International Performance of Early Internationalizing Small Businesses

Alexis Catanzaro, Karim Messeghem, et Sylvie Sammut

Journal of Small Business Management 2018 https://doi.org/10.1111/jsbm.12489

 

L’article d’Alexis Catanzaro, Karim Messeghem, et Sylvie Sammut a pour objectif de connaitre les impacts des politiques de supports à l’exportation pour les nouvelles entreprises que ces dernières soient considérées comme « born global » ou intéressées par une internationalisation rapide. Ces jeunes entreprises se distinguent d’autres entreprises bénéficiant de programmes de soutien à l’export parce qu’elles décident très tôt de s’internationaliser.

Dans la lignée des recherches précédentes sur le sujet, les auteurs s’appuient sur la Resource Based View (RBV) pour bâtir leur cadre d’analyse. Pour cerner l’impact de ces dispositifs de supports à l’internationalisation, les auteurs adoptent un parti pris innovant. Ils choisissent d’étudier non seulement les ressources fournies par ces programmes mais aussi le capital relationnel international qui lui est associé. Le capital relationnel international est défini comme une combinaison de respect, de réciprocité, et d’investissements que l’entreprise acquière auprès de ses partenaires internationaux. S’il apporte de la valeur à l’entreprise, alors ce capital relationnel sera considéré comme une ressource stratégique.

L’enquête par questionnaire a été réalisée à partir d’octobre 2013 et a été diffusée par l’intermédiaire de sept Chambres de commerce et d’industrie et de trois incubateurs. A cet égard, les auteurs soulignent la difficulté de travailler sur les entreprises qui s’internationalisent très tôt (au cours des six premières années) et qui reçoivent des aides à l’internationalisation. Un tel recensement n’existe pas en France.

Sur la base de 145 entreprises, 46 paramètres ont été testés. L’article fournit une description riche du profil des PME qui s’internationalisent rapidement et qui ont reçues des soutiens dans cette démarche. On voit que 57 % des entreprises de l’échantillon sont des TPE, qu’elles démarrent leur internationalisation dès leur création, 50% réalisent moins de 25% de leur chiffre d’affaires à l’export et 40% ont entre 1 et 3 marchés étrangers. La méthode par équation structurelle laisse apparaitre que les aides reçues sous forme d’information (formation, conférences, mise en relation avec les experts, information sur les pays…) augmentent le capital relationnel des entreprises et indirectement leur performance, ce qui n’est pas le cas les aides reçues sous forme de supports opérationnels (accès aux réseaux de clients, de fournisseurs). Ce dernier résultat, qui peut paraitre a priori surprenant, s’expliquerait par le nombre de marchés ciblés par les entreprises de l’échantillon. 60% d’entre elles se développent dans au moins quatre pays alors que les aides reçues en générale ne concernent qu’un ou deux pays. A cela s’ajoute une autre explication. Les entreprises de l’échantillon sont le plus souvent innovantes, ce qui suppose des aides bien spécifiques sur des marchés de niches que les acteurs publics ne connaissent pas forcement. A cet égard, les auteurs rappellent que la collecte d’information s’est faite en 2013, avant que le programme French Tech ne soit lancé. Depuis, les choses changent et les aides semblent davantage prendre en considération les besoins des entreprises innovantes. Quant aux aides financières, elles ont un impact sur le nombre de marchés internationaux visés mais pas sur leurs performances économiques à l’international.

Sur le plan théorique, l’article confirme que les supports et les aides fournies pour l’internationalisation entrent bien dans ce que la RBV nomme les ressources stratégiques. En effet, il montre le cheminement par lequel les entreprises acquièrent ces ressources pour le transformer en capital relationnel. De plus, l’accès à ces ressources, souvent gratuites, sont bien inférieures à ce qu’elles seraient si l’entreprise devaient y accéder par elle-même (sur le marché).

Les auteurs recommandent aux décideurs publics de maintenir les aides proposées aux entreprises dans leur démarche d’internationalisation car l’article confirme que ces aides sont non seulement utiles mais qu’elles accroissent globalement la performance des entreprises qui en bénéficient. Ils proposent néanmoins de mieux les adapter aux demandes en revoyant notamment ce qui est proposé pour l’accès aux différents marchés, la démarche clients et fournisseurs, et la nécessité de mieux prendre en considération les besoins des entreprises innovantes évoluant sur des marchés très spécifiques et demandant donc des connaissances très spécialisées. Cela suppose par exemple de recourir à des réseaux locaux plus spécialisés, et plus en phase avec les réalités locales.

Question aux auteurs

Propos recueillis, pour les auteurs, auprès d’Alexis Catanzaro

L’article est issu du travail de la thèse d’Alexis Catanzaro qui portait sur l’efficacité des aides à l’export, tous types d’entreprises confondues. La thèse teste un modèle plus complet mais les auteurs ont choisi de faire un focus sur les entreprises qui s’internationalisent très tôt. Le parcours de l’article illustre l’opiniâtreté nécessaire pour publier dans ce type de revue internationale (Rang 2 Fnege).

La publication s’est faite après trois tours d’évaluation. La première soumission en juin 2016 a donné lieu à une première évaluation auprès de 3 évaluateurs avec une douzaine de questions chacun. « Après la deuxième évaluation, 2 des évaluateurs semblaient convaincus, mais subsistait néanmoins une question du troisième évaluateur. Nous y avons répondu, puis plus aucune nouvelle de l’article pendant 9 mois. A l’issue de ce temps très long, un troisième tour d’évaluation nous est parvenu : 3 nouveaux évaluateurs avaient été nommés sans que nous n’en connaissions la raison ! ». Les auteurs ont entrepris un nouveau travail conséquent, et apporté de véritables améliorations à leur travail. La quatrième version était la bonne.

Pour publier dans ce type de revue, les auteurs recommandent 1) de s’imprégner des codes de la revue et s’inspirer des articles qui y sont publiés, 2) une grande rigueur méthodologique et donc de la transparence sur les données et le processus de fabrication des résultats, 3) être capable de fournir un vrai apport théorique et 4) répondre de manière détaillée et personnalisée à chacun des évaluateurs. « Notre expérience montre qu’il faut de la patience et de la persévérance. Quels que soient les remarques et le temps, il ne faut pas lâcher et aller jusqu’au bout, même si au troisième tour on a trois nouveaux évaluateurs » dit Alexis Catanzaro.

Rappelons qu’au préalable, cet article avait été soumis à deux conférences au cours desquelles il a reçu à chaque fois le prix de la meilleure communication.

 

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