GT – Entrepreneuriat de territoire

Le territoire a donné lieu à de multiples travaux de la part des géographes, économistes et sociologues, mais il demeure encore peu investi dans le champ de l’entrepreneuriat et de l’innovation au sein du monde francophone (Gestion 2000, 2016). Pourtant, la question du développement des territoires est aujourd’hui omniprésente, portée par les acteurs publics mais aussi les entrepreneurs et les citoyens. Qu’il s’agisse des métropoles ou des territoires de faible densité, des territoires en développement ou en déprise (INSEE, 2019), on attend beaucoup de l’entrepreneuriat dans les territoires, pour assurer leur développement, leur survie ou leur régénération, mais aussi pour résorber la fracture territoriale (Davezies, 2012). Comment assurer le développement du territoire et le bien-être de ses habitants ? Comment créer des dynamiques locales d’entrepreneuriat et d’innovation sous toutes ses formes ?

L’État s’est largement emparé de ces questions, avec une succession de lois et de mesures structurant l’action publique territoriale : loi d’expérimentation territoriale visant à résorber le chômage de longue durée (février 2016) qui a donné lieu à la création d’entreprises à but d’emploi (EBE) ; soutien des métropoles French Tech (2016) ; loi NOTRe (août 2015) redéfinissant les contours des compétences des nouvelles régions et renforçant le rôle des intercommunalités ; loi MAPTAM (juillet 2014) « affirmant » les métropoles ; loi relative à l’Économie Sociale et Solidaire (juillet 2014) qui a soutenu la création des PTCE (pôles territoriaux de coopération économique) qui associent entreprises, structures de l’entrepreneuriat social et autres partenaires locaux (Fraisse, 2017) ; Ces lois viennent s’ajouter aux dispositifs qui ont soutenu dans le passé récent différentes formes de systèmes localisés de production et d’innovation : SPL (systèmes productifs localisés, 1998), Pôles de compétitivité (2005), Grappes d’entreprises (2009).

Qu’elles soient soutenues par l’État ou initiées par des entrepreneurs et des citoyens, il existe une multiplicité d’initiatives et de projets, dont certaines ont été observées par la Caisse des Dépôts (devenue depuis Banque des territoires) qui les regroupe sous le terme d’entrepreneuriat de territoire, pour lequel elle propose une définition : « L’entrepreneuriat de territoire émerge et s’ancre au sein d’un écosystème territorial qui constitue son terreau d’origine à partir duquel des dynamiques de coopération multi-acteurs et multi-partenariales vont pouvoir prendre appui et y puiser les ressources indispensables pour se construire et se développer » (Baudet, 2017). Cette forme d’entrepreneuriat est selon Baudet plus ancrée localement, plus inclusive, fondée sur les ressources et ses attentes spécifiques des acteurs du territoire.

Le terme d’entrepreneuriat de territoire apparaît, pourtant, peu usité par les chercheurs francophones. Une recherche sur cairn avec les mots clé « entrepreneuriat territorial » et « entrepreneuriat de territoire » réalisée en mai 2019 conduit à seulement 3 résultats. Une recherche similaire conduite sur google scholar conduit à 30 résultats, mais avec un contenu restreint. L’entrepreneuriat territorial y apparaît comme l’entrepreneuriat d’un territoire, et mesure la dynamique territoriale du territoire, sans proposer d’approfondissement et de discussion autour d’un concept spécifique.

Peut-on parler d’entrepreneuriat de territoire ? Alors que la demande sociale pour le développement des territoires est très grande, que les soutiens et politiques publiques sont nombreux, il existe un foisonnement d’initiatives et d’expérimentations qui constituent autant de terrains de recherche qu’il convient d’explorer pour en comprendre les mécanismes, les facteurs de réussite et les impacts. C’est pourquoi l’Académie de l’Entrepreneuriat et de l’Innovation, en partenariat avec la Chaire Entrepreneuriat, Territoire Innovation de l’IAE de Paris Sorbonne Business School, invite les chercheurs à constituer un groupe de travail qui pourra explorer l’entrepreneuriat de territoire autour de plusieurs axes :

  • Explorer et définir le concept de l’entrepreneuriat de territoire
  • Dresser un état des lieux des pratiques selon différents niveaux d’analyse allant de la commune, communauté de communes à la région, en passant par les métropoles, les zones rurales, les zones péri-urbaines, les territoires de faible densité, etc.
  • Identifier les théories permettant d’éclairer l’entrepreneuriat de territoire : quelle théorie pour l’entrepreneuriat de territoire ? Actor Network Theory, théories institutionnelles (NEI, NIS), etc.
  • Analyser les conditions de la création des dynamiques d’entrepreneuriat territorial, en s’intéressant au rôle des parties prenantes, et aux jeux d’acteurs, qu’elles s’inscrivent dans des logiques bottom-up ou top-down,
  • Étudier les modèles économiques de l’entrepreneuriat de territoire en montrant quels éléments de valeur (économique, sociale, environnementale) sont créés et répartis ; la diversité des business models publics/privés.
  • Comprendre les spécificités de la gouvernance de l’entrepreneuriat de territoire, compte tenu de la multiplicité des dispositifs : SCIC, PTCE, EBE, TZCLD, etc.
  • Explorer l’entrepreneuriat de territoire et la dynamique inclusive
  • Etudier l’entrepreneuriat de territoire à l’œuvre dans les territoires intelligents, smart cities et cités créatives.

Ce groupe de travail se veut un lieu d’échanges et invite à des approches pluridisciplinaires et regards croisés entre chercheurs des sciences de gestion et des autres disciplines de sciences humaines et sociales : économie, géographie, sociologie, urbanisme, sciences politiques.

Coordinateurs : Pascale Brenet (pascale.brenet[at]univ-fcomte.fr), Didier Chabaud (chabaud.iae[at]univ-paris1.fr)

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